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La rencontre avec une œuvre d’art : une expérience unique

Je me souviens de la première fois où j’ai visité la National Gallery of Art à Washington D.C. et de la première fois où j’ai vu le portrait de Bindo Altoviti de Raphaël en personne. Je pensais comprendre assez bien le travail de l’artiste à partir de mes cours à l’université et des différentes publications sur l’art. À un certain niveau, c’était vrai. Mais l’impact émotionnel de la vision de l’œuvre en personne a été frappant et profond. Les images du tableau de Raphaël que j’avais vues en classe étaient loin de saisir l’impact vertigineux de l’original.

Mon expérience n’est pas rare ; quiconque contemple régulièrement des œuvres d’art en personne, que ce soit dans un musée, une galerie ou une foire, pourrait raconter la même histoire. Malheureusement, la visite en ligne était notre seule option pour découvrir les collections des musées pendant la pandémie actuelle. Et si de nombreuses institutions ont merveilleusement réussi à créer des reproductions virtuelles de leurs collections, les voir sur un écran n’a rien de comparable avec le fait de s'attarder devant de grandes œuvres d'art et d'absorber les différentes émotions qu'elles évoquent.

De nombreuses difficultés

Lorsque la vie publique s’est soudainement arrêtée à cause du COVID-19, les questions immédiates et urgentes pour les administrateurs des musées consistaient à assurer la santé et la sécurité des employés ; se posaient également des questions financières et de continuité de l’activité, et de protection de leurs œuvres et objets d’art. (Nous avons consacré un article à ce dernier défi à la fin du mois d’avril, Protéger la collection lorsque le musée ou la galerie est fermé.)

Maintenant, la vie en dehors de la maison reprend lentement et progressivement ses droits, bien que le calendrier, le rythme et les paramètres varient selon les pays et parfois même à l’intérieur d’un même pays. En France, comme le précise Patricia Naudan, responsable Fine Art & Specie chez AXA XL en France, certains musées en province ont réouvert dès le 11 mai en suivant les préconisations sanitaires. Les grands établissements publics se préparent également à la ré-ouverture selon les Directives du gouvernement et du Ministère de la culture.

Ce que nous constatons à partir des premiers pays et des premières villes qui commencent à sortir du confinement, c’est qu’il était plus facile de fermer les portes que de les rouvrir. Les rapports initiaux suggèrent que proposer une expérience enrichissante dans un musée tout en assurant la sécurité du personnel et des visiteurs nécessite plus qu’un simple rappel des employés sur le lieu de travail et l’ouverture des portes.

Pour commencer, les musées doivent désormais désinfecter soigneusement leurs locaux avant de rouvrir et continuer à le faire au quotidien. Ils devront cependant être prudents, car une exposition continue à long terme aux désinfectants du commerce à base de javel ou d'agents oxydants pourrait nuire aux œuvres d’art. En alternative, les désinfectants « écologiques » à base d’huiles essentielles antibactériennes pourraient présenter un moindre risque.

En plus de mettre à disposition du désinfectant pour les mains partout dans leurs bâtiments, les administrateurs de musée doivent également déterminer les meilleurs moyens d’assurer la distanciation sociale. La plupart des musées sont supposés limiter le nombre de personnes à l’intérieur de leurs bâtiments, éventuellement en demandant aux visiteurs de s’inscrire pour un créneau spécifique. Et il peut être nécessaire de déployer le personnel du musée pour contrôler le nombre de personnes dans les galeries plus petites.

Dans le contexte d’un musée, l’ingénierie sociale désormais omniprésente pour promouvoir la distanciation sociale, par exemple par une signalétique et un marquage au sol, pose un problème de conception afin d’équilibrer au mieux sécurité et esthétique. Des marquages de circulation peuvent-ils être installés d’une manière discrète et cohérente avec l’ambiance générale du musée, tout en tenant les personnes à distance ?

Ensuite, il y a la question des masques. Selon des articles de presse en Allemagne, où certains musées ont récemment rouvert, « la plupart des musées, mais pas tous, exigent que les visiteurs portent des masques. » En revanche, en Suisse, les musées adoptent une approche plus détendue, du moins pour le moment. Les visiteurs des musées suisses récemment rouverts racontent que seule une poignée d’employés et une minorité de visiteurs portaient des masques. Quant à la France, c’est port du masque obligatoire.

Et qu’en est-il des accessoires importants comme les audioguides et les écrans interactifs ? Et des commodités comme les cafés et les boutiques de souvenirs ? Ces derniers font souvent partie intégrante de l’expérience du musée et, dans certains cas, génèrent des revenus importants. La Zurich Kunsthaus, en Suisse, continue par exemple de proposer des audioguides ; le musée signale que « ces derniers sont désinfectés avant et après chaque utilisation, comme cela a toujours été le cas. » Ses boutiques et son café restent également ouverts, avec des séparations en plexiglas entre le personnel et les visiteurs, et moins de tables dans le restaurant.

Attirer et intéresser les visiteurs

Bien que les situations financières et les sources de financement des musées varient largement, tous s'attendent maintenant à traverser une période indéterminée de baisse importante de revenus. Les touristes ne reviendront pas de sitôt, et les expositions exceptionnelles, les événements destinés aux membres, les activités de collectes de fonds et autres peuvent être restreints, ou même suspendus dans un avenir proche. De plus, en raison des pressions financières extraordinaires auxquelles les gouvernements sont confrontés à tous les niveaux, le financement public sur lequel de nombreux musées comptent pour une partie de leurs dépenses pourrait commencer à s’assécher.

Compte tenu de ce changement de réalité, comment les musées continueront-ils à attirer et intéresser le public ? La plupart vont appliquer les leçons apprises pendant la phase de confinement et continuer à inventer des formes numériques créatives et innovantes de communication avec le public. À Washington D.C., par exemple, un musée a récemment accueilli un événement virtuel qui a attiré une participation du monde entier ; un public bien plus important et divers que celui qui aurait assisté en personne à un tel événement. Sur la base de cette expérience, ce musée prévoit d’intégrer une composante virtuelle à tous ses futurs événements.

D’autre part, l’organisation et les espaces physiques de nombreux musées incitent déjà à la distanciation sociale. Des recherches récentes ont montré que les visiteurs des musées interagissent avec bien moins de personnes et sont bien moins susceptibles de toucher des surfaces partagées que les personnes qui se rendent dans de nombreux autres lieux publics, comme les restaurants, les centres commerciaux, les clubs de sport, les parcs de loisirs, etc.

Ce qui soulève une question intéressante : l’absence de visiteurs extérieurs à la ville peut-elle être en partie contrebalancée par un accroissement du nombre de visiteurs locaux à la recherche d’une alternative aux manifestations sportives, concerts, festivals, et autres activités similaires qui restent à l’arrêt ? Y compris des personnes qui ne vont habituellement pas au musée ? Pour l’anecdote, des amis et relations vivant dans des villes européennes racontent également qu’ils prévoient maintenant de visiter des musées et galeries qu’ils évitent généralement, car ils sont remplis de hordes de touristes. Actuellement, ils sont impatients d’avoir « les lieux pour eux seuls. »

Le temps nous le dira, évidemment. Néanmoins, cette période pourrait être une opportunité pour les musées de créer des liens avec de nouveaux publics, tout en renforçant les liens avec les communautés locales.

Une oasis bienvenue

Dans notre article précédent, nous avions noté que « le réconfort, l’inspiration et l’espoir que nous retirons chacun personnellement et intimement de l’art sont peut-être plus importants que jamais. »

Cela reste vrai. Telle une oasis au milieu du désert, les musées offrent un répit face au stress du monde, ainsi que « du réconfort, de l’inspiration et de l’espoir. » En outre, si nous visitons souvent des musées avec notre famille et nos amis, l’expérience est en fin de compte « individuelle et intime. »

Ce qui soulève une dernière question : Les musées commenceront-ils à adopter une approche de retour aux sources en mettant à nouveau l'accent sur la simple interaction entre le spectateur et l'œuvre d'art ? Depuis de nombreuses années maintenant, les musées ont consacré des ressources considérables pour séduire des visiteurs par des moyens qui ne seront peut-être pas viables pendant quelque temps, par exemple par des événements à grande échelle et des activités interactives et multisensorielles. Si ces efforts se sont montrés efficaces pour développer et conserver un public, peut-être que l’attrait sera désormais plus basique ; la sécurité, la simplicité et le réconfort de se tenir simplement devant de magnifiques œuvres d’art.

De nombreux défis qui attendent les administrateurs de musée sont finalement liés à des questions économiques et de conservation qui dépassent le champ de nos experts en art et consultants en matière de risque. Cependant, AXA XL peut guider et assister dans l’évaluation de la sécurité et des pratiques d’hygiène d’un musée, ainsi que de ses systèmes/mesures de sécurité. Nous comprenons qu’il est primordial d’assurer la sécurité du personnel, des visiteurs et de la collection, et nous sommes prêts à aider les musées à atteindre cet impératif fondamental.

  • A propos de l'auteur
  • Global Practice Leader, Fine Art Insurance
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