Modélisation dynamique des risques, une approche stratégique face à la volatilité géopolitique
7 mai 2026
Ecrit par Xavier Veyry & Gilles Moëc
Xavier Veyry, CEO, APAC & Europe, AXA XL & Gilles Moëc, Chief Economist Officer, AXA
La crise au Moyen-Orient a eu un effet immédiat sur les prix de l’énergie et a accentué certaines fragmentations régionales ainsi que la volatilité des marchés. À moyen terme, Gilles Moëc, Chef économiste du Groupe AXA, et Xavier Veyry, CEO APAC & Europe d’AXA XL, analysent les conséquences potentielles du conflit sur les marchés financiers, la confiance des entreprises et le rôle que la modélisation stratégique des risques peut jouer pour renforcer la résilience.
Xavier Veyry : Le conflit actuel au Moyen-Orient illustre une fois de plus le profond bouleversement du paysage macroéconomique et géopolitique mondial.
Cela se joue sur les plans énergétique, souverain et commercial. Prévoir l’avenir a toujours été complexe, mais sans doute jamais autant qu’aujourd’hui. Dans ce contexte, nous devons faire preuve d’agilité et de flexibilité pour répondre à l’évolution des besoins de nos clients, alors même qu’ils préparent les décisions de demain. Les données et la modélisation stratégique des risques seront déterminantes.
Dans l’ensemble de nos métiers, qu’il s’agisse de risque politique, de marine ou de programmes internationaux, l’innovation s’impose désormais comme une nécessité absolue : mieux anticiper et gérer des risques devenus profondément interconnectés. Cela passe par des modèles avancés, un suivi en temps réel des expositions et des solutions plus intégrées, combinant assurance et risk consulting afin d’offrir à nos clients une vision plus claire face à des situations de plus en plus mouvantes.
Mais alors que la crise au Moyen-Orient se poursuit, Gilles, quel regard portez-vous sur ses conséquences économiques à ce stade, et sur les enjeux auxquels nos clients en APAC et en Europe doivent se préparer à moyen terme ?
Gilles Moëc : L’attention se concentre naturellement sur l’inflation.
Il n’y a pas seulement le choc sur les prix de l’énergie, mais également sur d’autres matières premières stratégiques, comme l’hélium, essentiel à la fabrication des semi-conducteurs, ou encore les engrais, avec des répercussions possibles sur les prix alimentaires à terme. Si les prix de l’énergie commencent à refluer d’ici la fin du trimestre, la crise pourra probablement être considérée comme relativement maîtrisée. Tout dépendra en réalité de sa durée. Nous pouvons nous attendre à un ralentissement de la croissance du PIB de quelques dixièmes de point. En revanche, si les prix de l’énergie et des autres matières premières restent durablement élevés au-delà du deuxième trimestre, les conséquences pourraient devenir bien plus significatives.
À ce stade, les marchés actions ont réagi de manière relativement mesurée à la crise géopolitique actuelle. L’impact est plus marqué sur les marchés obligataires, ce qui est logique dans un contexte de choc sur les prix. Avant le début du conflit, les marchés anticipaient des baisses de taux de la Réserve fédérale américaine d’ici la fin de l’année. Désormais, ils n’envisagent plus aucune baisse. La Banque centrale européenne, qui devait selon certains maintenir ses taux inchangés, pourrait même être amenée à les relever. L’absence de baisse des taux américains est généralement défavorable aux marchés émergents, notamment ceux très sensibles aux chocs alimentaires et énergétiques lorsqu’ils ne sont pas producteurs. L’inflation locale dans ces économies pèsera probablement sur leur croissance.
Xavier Veyry : Nos clients ressentent déjà les effets immédiats de cette crise sur les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement.
Dans le secteur marine, par exemple, les tensions géopolitiques ont un impact direct sur l’assurabilité de certaines routes commerciales stratégiques. En tant que partenaire historique du transport maritime, notre rôle consiste à apporter de la stabilité dans des environnements devenus plus incertains. Cela implique de déployer des mécanismes capables de s’adapter à l’évolution des tensions, d’ajuster les couvertures lorsque l’environnement de risque se transforme et, in fine, d’accompagner les armateurs non seulement face aux risques traditionnels de navigation, mais aussi face aux expositions liées aux conflits et aux risques de guerre.
À moyen terme, nous sommes également très conscients, comme Gilles l’a souligné, que cette crise géopolitique produit des effets d’intensité variable selon les régions et les secteurs. Cela signifie que, comme partenaires du risque, nous devons rester agiles et capables de nous adapter rapidement.
Gilles, pensez-vous que cette fragmentation régionale aura des conséquences durables sur le fonctionnement des économies locales et des échanges commerciaux ?
Gilles Moëc : Une partie de la recomposition évoquée par Xavier prend aujourd’hui la forme d’une fragmentation de blocs qui, auparavant, semblaient plus alignés. Il est par exemple assez inhabituel de voir une telle unité en Europe face à une crise, si l’on compare avec la réaction observée lors de la seconde guerre du Golfe. À l’inverse, au sein du bloc nord-américain, le Canada entretient des relations commerciales complexes avec la Chine, tandis que le Mexique est impliqué dans des différends tarifaires avec Pékin. Deux économies appartenant à la même alliance commerciale adoptent désormais des trajectoires très différentes. Cette fragmentation affecte déjà le commerce des biens, même si les services restent pour l’instant relativement préservés. Si cette dynamique de réalignement devait également toucher les services, les conséquences pourraient devenir beaucoup plus profondes.
Il est également important de rappeler que cette crise intervient après une guerre commerciale particulièrement rude entre les États-Unis et l’Europe. Les marchés financiers ne l’avaient d’ailleurs pas si mal absorbée, notamment grâce au contexte extrêmement favorable créé par le boom de l’intelligence artificielle.
Il est enfin intéressant de constater que certaines régions ont renforcé leur résilience ces dernières années face aux chocs géopolitiques. En Europe, par exemple, il s’agit du deuxième choc énergétique majeur en cinq ans. Entre-temps, de nombreux pays ont réduit leur dépendance aux énergies carbonées et accéléré la diversification de leurs approvisionnements depuis 2022. Dans l’Union européenne, la production d’énergie renouvelable a fortement progressé au cours des trois dernières années par rapport à la décennie précédente. Cette évolution a renforcé la capacité de certaines économies à absorber les hausses de prix provoquées par la crise actuelle et à mieux résister à d’éventuels chocs futurs.
Xavier Veyry : Le paysage évolue en permanence, et ces risques ne peuvent plus être analysés isolément. Les crises se sont toujours succédé, mais les différents facteurs de risque interagissent aujourd’hui à une échelle bien plus large et à une vitesse beaucoup plus rapide. En tant qu’assureur international, nous sommes exposés à l’ensemble de ces dynamiques, ce qui nous permet d’en établir les liens et, surtout, de les traduire en solutions concrètes pour nos clients.
Même le risque souverain, longtemps considéré comme relativement stable, fait désormais l’objet de réévaluations, alors même que les projets deviennent plus vastes et plus capitalistiques. Dans ce contexte, les risques politiques et les solutions de crédit jouent un rôle essentiel. Ils permettent de protéger les prêteurs lorsque des événements politiques, des évolutions réglementaires ou des défauts empêchent le remboursement, contribuant ainsi à permettre le financement malgré l’incertitude et à permettre aux investissements de se poursuivre.
Pour les multinationales, cet environnement se traduit également par une complexité croissante afin d’assurer la cohérence entre des réglementations locales toujours plus fragmentées. C’est précisément là que des programmes internationaux coordonnés à l’échelle mondiale deviennent indispensables.
En définitive, qu’il s’agisse de sécuriser des investissements grâce aux solutions de risque politique, de préserver les flux commerciaux via les couvertures marine et risques de guerre, ou de structurer des solutions multinationales pour des groupes internationaux, notre rôle est de rendre le risque gérable et l’activité économique possible. L’assurance transforme l’incertitude en décisions concrètes et immédiatement applicables.
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