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Souscripteur senior et délégué artistique

Au cours des 20 dernières années, la valeur des œuvres d’art contemporain vendues aux enchères a augmenté de manière exponentielle. Philippe Bouchet, souscripteur senior et délégué artistique chez AXA XL, évoque les changements dans la façon dont l’art contemporain s’achète et se vend, et les tendances que les experts surveillent.

L’artiste contemporain Jeff Koons, célèbre pour ses sculptures d’animaux en forme de ballon, a déclaré : « Je ne pense pas que les artistes soient intéressés par l’argent. Ce n’est pas ce qui les motive. »

Même s’il est peut-être vrai que Jeff Koons et ses pairs ne sont pas motivés par le gain financier, il ne fait aucun doute que les œuvres créées par des artistes contemporains peuvent atteindre des sommes astronomiques aux enchères, certaines rivalisant même avec les « monstres sacrés » de l’histoire de l’art.

En effet, selon le récent rapport Artprice « 20 Ans d’Art Contemporain aux enchères », Jeff Koons est actuellement l’artiste vivant le plus cher au monde et le deuxième artiste contemporain le plus cher derrière feu Jean-Michel Basquiat, dont le tableau sans titre d’un crâne a été vendu à un acheteur japonais pour 110,5 millions de dollars en 2017.  En 2019, l’emblématique sculpture Rabbit de Jeff Koons, fabriquée en acier inoxydable, s’est vendue pour 91 millions de dollars chez Christie’s à New York, ce qui en fait la deuxième œuvre contemporaine la plus chère jamais vendue aux enchères.

L’art contemporain est généralement défini comme l’art du présent ou du passé récent, qui est généralement innovant ou avant-gardiste. Des artistes actuels comme Jeff Koons et ses pairs ont secoué le monde de l’art. L’art contemporain représente désormais 15 % des œuvres vendues aux enchères, contre 3 % il y a 20 ans, et cette proportion devrait continuer à augmenter. Selon le rapport Artprice, les 20 dernières années ont vu d’énormes changements dans les enchères ; des changements dans la façon dont l’art est acheté et vendu, dans les auteurs des œuvres les plus vendues et dans les acheteurs de ces œuvres. Cela a entraîné une hausse des prix des œuvres de nombreux artistes contemporains et a incité les experts en risque et les souscripteurs à voir les œuvres d’art différemment.

L’argent parle

Les prix atteints par les œuvres d’art contemporain vendues aux enchères se sont envolés au cours des 20 dernières années.  Alors que 2020 a vu les ventes retomber aux niveaux de 2006 en raison des effets de la pandémie de COVID-19, les 19 années précédentes ont connu une explosion du volume des ventes d’œuvres d’art contemporain et des prix atteints aux enchères.

Alors qu’il était inférieur à 100 millions de dollars en 2000, le volume total des œuvres d’art contemporain vendu aux enchères a atteint près de 2 milliards de dollars en 2019, il a donc été multiplié par 20. Le prix moyen des œuvres contemporaines a également explosé sur cette même période, selon le rapport Artprice, en hausse de 240 % pour atteindre 25 000 dollars. Parallèlement à cette évolution, la commission moyenne est également passée de 14 % à 20 % du « prix d’adjudication ».

Le nombre de lots a également bondi, en augmentant plus de 10 fois entre 2000 et 2019, année durant laquelle quelque 120 000 pièces ont été présentées aux enchères.

Une période de changement

Parallèlement à cet accroissement de l’intérêt des acheteurs pour les œuvres d’art contemporain, les 20 dernières années ont connu une évolution de la manière dont l’art est acheté et vendu. Il est désormais possible de participer en ligne aux ventes aux enchères, et même d’acheter des œuvres depuis un smartphone, sans avoir besoin d’être physiquement présent dans l’une des célèbres maisons de vente aux enchères historiques de Londres ou New York.

L’art contemporain est désormais acheté par un groupe de collectionneurs plus diversifié géographiquement et créé par un groupe d’artistes plus diversifié. Par exemple, il y a maintenant deux fois plus de pays comptant des collectionneurs d’art actifs qu’il y a 20 ans.

La Chine est un acteur majeur tant pour l’achat que pour la création artistique. En 2011, les artistes basés en Chine vendaient deux fois plus d’œuvres que ceux basés en Europe dans son ensemble. Parmi les 1000 artistes les plus vendus aujourd’hui, 395 sont chinois, pour 165 Américains par exemple. Ces artistes chinois représentent environ 13,6 % du volume total des ventes mondiales d’œuvres d’art.

Les œuvres créées par des artistes chinois suscitent un intérêt mondial et peuvent atteindre des sommes importantes aux enchères. En 2018 par exemple, « Juin-Octobre », une œuvre gigantesque réalisée en 1985 par l’artiste franco-chinois Zao Wou-Ki s’est vendue 65 millions de dollars.

Alors que les trois principales maisons de vente aux enchères anglo-américaines dominent toujours le marché, représentant près de 69 % du total des ventes, les sept autres plus grandes maisons de vente aux enchères sont toutes chinoises.

Lorsque les souscripteurs cherchent à assurer ces œuvres, il convient de prendre en compte plusieurs facteurs, par exemple la situation géographique du collectionneur. Si les collectionneurs résident dans un seul pays ou s’ils partagent leur temps entre plusieurs résidences, les souscripteurs doivent comprendre comment et où les œuvres d’art seront exposées, stockées et transportées, par exemple. Certains collectionneurs préfèrent placer leurs assurances localement et les assureurs internationaux comme AXA XL peuvent organiser cela.

De grands noms

Le rapport Artprice souligne une autre tendance que les souscripteurs et les experts en risque surveillent de près : la domination sur le marché de l’art contemporain de quelques artistes célèbres, souvent encore en vie.

Derrière Basquiat, qui est décédé en 1988 à 27 ans seulement, la majorité des artistes contemporains qui peuvent se prévaloir d’atteindre les prix les plus élevés aux enchères sont encore en vie. En plus de Jeff Koons, des œuvres d’artistes comme Damien Hirst, connu pour ses tableaux de points alignés, ainsi que pour des installations comme le requin préservé « The Physical Impossibility of Death in the Mind of Somone Living » et le peintre américain Christopher Wool, sont extrêmement populaires auprès des collectionneurs qui sont prêts à payer des sommes importantes.

Alors que plus de 30 000 artistes contemporains vendent des œuvres aux enchères, ce sont les principaux acteurs qui dominent en termes de valeur des ventes. Les 100 premiers artistes représentent en effet 75 % du volume total des ventes.

La valeur de l’œuvre d’un artiste peut varier considérablement au cours de sa vie, en fonction de facteurs tels que la rareté ou la multiplication des œuvres, l’attention portée à son travail dans le cadre de rétrospectives ou d’expositions, et l’évolution du goût des consommateurs.

Par exemple, la valeur des œuvres de Pierre Soulages, 101 ans, promoteur de la technique de peinture de l’« Outrenoir », a augmenté régulièrement au fil des ans et l’intérêt pour son travail a été renforcé par l’ouverture en 2014 du Musée Soulages dans sa ville natale de Rodez, dans le sud-ouest de la France. Son travail a rencontré un succès mondial et il est aujourd’hui l’artiste français vivant le plus cher.

Le scandale ou l’attention médiatique générée par l’œuvre elle-même ou le style de vie et la méthode de l’artiste peuvent être un autre facteur qui peut susciter l’intérêt pour l’œuvre d’un artiste contemporain. Une œuvre de l’artiste de rue britannique qui travaille sous le pseudonyme de Banksy s’est autodétruite quelques minutes après sa vente aux enchères pour 1,4 million de dollars en 2018. « Love is in the Bin », une reproduction de la figure emblématique de Banksy d’une jeune fille qui libère un ballon rouge, apparue pour la première fois en 2002 dans l’est de Londres, s’est déchiquetée dans son cadre après l’adjudication. Alors que Banksy était déjà mondialement connu, la publicité générée par ce coup a probablement attiré encore plus l’attention sur son travail. En 2019, le tableau de Banksy de 2009 intitulé « Devolved Parliament » s’est vendu 12,2 millions de dollars, ce qui en fait la 16e œuvre contemporaine la plus chère jamais vendue aux enchères.

Les souscripteurs suivent ces tendances avec beaucoup d’intérêt. Il est souvent nécessaire de réévaluer certaines œuvres ou collections, ce qui entraîne des changements dans la manière de souscrire et dans les sommes assurées.

L’avenir est radieux

Malgré l’effondrement provoqué par la pandémie mondiale sans précédent de COVID-19 en 2020, il semble évident que l’intérêt des acheteurs pour l’art contemporain continuera de s’épanouir.

Les experts en art et les souscripteurs continueront à surveiller les changements de goût des collectionneurs, qui reflètent actuellement un intérêt pour une esthétique légère ou « pop », ainsi que l’évolution de la manière dont l’art s’achète et se vend. La numérisation des enchères semble appelée à rester, en particulier compte tenu des restrictions actuelles sur les déplacements de personnes en raison de la pandémie de COVID-19. La diversité géographique des acheteurs et vendeurs d’art contemporain est également une tendance que les souscripteurs surveilleront de près dans les années à venir dans le but d’aider les investisseurs dans l’art à gérer et transférer les risques associés à leurs collections.

Nous ne savons pas de quoi seront faites les 20 prochaines années, mais nous pouvons présumer, au vu de ces 20 dernières années, que l’avenir du marché de l’art contemporain s’annonce prometteur.

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