De meilleures données et un dialogue renforcé pour faire face à la volatilité croissante des sinistres
22 septembre 2026
Ecrit par Adias Gerbaud
Directrice de la souscription,Environnement – International
Le marché européen de l’assurance grands risques repose aujourd’hui sur des fondamentaux solides : des capacités abondantes, une concurrence soutenue et une expertise approfondie des risques. Mais l’évolution des phénomènes climatiques, l’essor de l’intelligence artificielle générative et la fragmentation géopolitique continuent d’alimenter l’incertitude. Dans ce contexte, la qualité des données de risque et le dialogue entre assureurs, courtiers et risk managers prennent une importance croissante.
Un marché stable face à une sinistralité qui évolue
Depuis le dernier rendez-vous des risk managers à Madrid, l’amélioration des conditions de réassurance a renforcé les capacités et la concurrence sur une grande partie du marché européen de l’assurance.
La concurrence est particulièrement forte en dommages aux biens. Les risques de responsabilité civile en Europe suscitent davantage d’intérêt, tandis que les capacités restent importantes sur les lignes financières et en cyber. Pour les entreprises capables de démontrer la qualité de leur maîtrise des risques et de donner une vision précise de leurs expositions, ce contexte peut permettre d’obtenir des couvertures mieux adaptées à leurs besoins.
La situation est plus contrastée sur les segments où la sinistralité reste élevée. L’assurance des flottes automobiles continue notamment de subir la hausse des coûts de réparation et des indemnisations en Europe comme aux États-Unis. Les programmes de responsabilité civile fortement exposés au marché américain restent, eux aussi, sous surveillance. Selon Marathon Strategies, les entreprises américaines mises en cause ont été confrontées, en 2025, à un nombre record de 190 nuclear verdicts – des condamnations à 10 millions de dollars ou plus –, soit une hausse de 40,7 % par rapport à l’année précédente.
Les branches de spécialités connaissent également une volatilité accrue. La poursuite du conflit au Moyen-Orient continue de peser sur les risques maritimes, aviation et violences politiques. Sur les lignes financières, les tarifs de l’assurance D&O commencent à repartir à la hausse après près de trois années de baisse, dans un contexte marqué par l’augmentation des défaillances d’entreprises, des recours collectifs liés aux valeurs mobilières aux États-Unis, des événements cyber et des sinistres liés à l’IA.
Les événements climatiques extrêmes renforcent l’enjeu de résilience
Si les pertes assurées liées aux catastrophes naturelles sont restées inférieures à la moyenne au premier semestre 2026, cette période a néanmoins enregistré un nombre record d’événements ayant généré chacun plus d’un milliard de dollars de pertes assurées. Les mois de juin et juillet ont compté parmi les plus chauds jamais enregistrés à l’échelle mondiale, tandis que l’Europe occidentale a connu ses mois de juin et juillet les plus chauds. La sécheresse prolongée et les chaleurs extrêmes ont également favorisé les incendies à travers l’Europe, l’Espagne et la France figurant parmi les pays les plus durement touchés.
Pour les assureurs grands risques, ces évolutions renforcent la nécessité d’aider les organisations à se préparer et à s’adapter à des phénomènes climatiques en mutation. Payer les sinistres reste bien sûr au cœur du métier d’assureur, mais son rôle ne s’arrête pas là : il consiste aussi à aider les clients à agir en amont, avant qu’un événement ne survienne.
En croisant données climatiques, historique de sinistralité et expertise spécialisée, les assureurs peuvent mieux cibler les mesures de prévention et d’adaptation susceptibles de réduire les pertes et de renforcer la résilience. Les entreprises peuvent ainsi identifier leurs actifs critiques, leurs dépendances opérationnelles et concentrer leurs investissements là où ils auront le plus d’impact.
Cyber et IA : des risques qui évoluent à grande vitesse
Le cyber illustre à quel point les expositions peuvent évoluer rapidement. Si le renforcement de la gestion des risques a permis de mieux maîtriser les pertes liées aux rançongiciels chez les entreprises assurées, les modèles d’IA avancés sont en train de transformer le paysage de la menace. Ils pourraient notamment permettre d’identifier et d’exploiter plus facilement des vulnérabilités encore inconnues, réduire le délai entre leur découverte et leur exploitation, abaisser les barrières à l’entrée pour des attaquants moins expérimentés et favoriser des chaînes d’attaque plus autonomes.
Le recours croissant aux agents d’IA au sein des entreprises fait également apparaître de nouvelles expositions : accès involontaire à des données sensibles, connexions insuffisamment sécurisées à des outils externes ou encore actions menées sans supervision humaine adéquate. Ces évolutions rendent d’autant plus essentiels les tests rigoureux, les contrôles d’accès, la surveillance et le déploiement rapide des correctifs. Elles créent aussi un risque de sinistres plus rapides et davantage corrélés.
Dans ce contexte, les risk managers ont un rôle central de coordination à jouer, en rapprochant les expertises cyber, technologiques et opérationnelles afin d’évaluer précisément la manière dont l’IA fait évoluer le profil de risque de leur organisation. Les travaux récemment menés conjointement par AXA XL et Thales confirment par ailleurs que la résilience cyber ne peut plus être envisagée sous le seul angle technique.
Leur analyse souligne la nécessité de disposer d’une meilleure visibilité sur les actifs numériques et leurs dépendances, de renforcer la maîtrise des écosystèmes de prestataires, d’adapter la gouvernance de l’IA au rythme de son déploiement et de préparer les dirigeants à la gestion de crise.
Mais les technologies à l’origine de nouvelles expositions peuvent aussi contribuer à mieux comprendre et maîtriser les risques.
De meilleures données et l’IA pour éclairer les décisions
Le cycle de marché actuel se distingue également des précédents par la quantité et la granularité des données désormais disponibles, ainsi que par la capacité de l’IA à les analyser à grande échelle. Une souscription davantage fondée sur les données permet aux assureurs de mieux différencier les risques. Mais la qualité d’une décision ne dépend pas uniquement du volume d’informations disponibles : leur contexte et leur pertinence sont tout aussi essentiels.
Les clients capables de démontrer la robustesse de leurs dispositifs de maîtrise des risques et d’expliquer précisément la manière dont leurs expositions sont gérées seront mieux placés pour obtenir des garanties et des conditions adaptées.
Des données de meilleure qualité, associées à des capacités d’analyse avancées, peuvent renforcer la rigueur de la souscription, favoriser une tarification davantage en phase avec le risque et offrir une vision plus prédictive d’expositions complexes, qu’il s’agisse du cyber, du climat, des perturbations des chaînes d’approvisionnement ou de l’instabilité géopolitique. Elles permettent également aux assureurs et à leurs clients de mieux cibler leurs actions de prévention et de réduction des risques.
Le projet d’acquisition par AXA XL du cabinet de conseil spécialisé S-RM s’inscrit dans cette évolution. L’objectif est de rapprocher l’expertise assurantielle des compétences en cybersécurité, en intelligence géopolitique et en gestion de crise afin d’aider les clients à mieux anticiper les menaces, renforcer leur prévention et réagir plus efficacement lorsqu’un événement survient. Cette approche intégrée sera portée par la nouvelle activité Risk Advisory d’AXA XL.
L’IA contribuera également à automatiser certains processus assurantiels et permettra aux souscripteurs d’analyser plus efficacement les informations relatives aux risques. Son adoption devra néanmoins s’accompagner de tests rigoureux, d’une réelle explicabilité et d’une supervision humaine adaptée. Utilisée de manière responsable, elle pourra permettre des réponses plus rapides, davantage de choix ainsi que des produits et services plus personnalisés.
La collaboration, clé d’un marché plus résilient
Des rendez-vous comme le FERMA Forum permettent aux assureurs, courtiers et risk managers de confronter leurs points de vue sur des enjeux qui évoluent rapidement. Mais la collaboration ne peut se limiter aux échanges lors d’un événement. Face aux incertitudes actuelles, elle suppose un partage continu de données de qualité, d’expertises concrètes et de retours d’expérience.
Ce dialogue peut permettre au marché d’identifier plus tôt les risques émergents, de remettre en question certaines hypothèses et de transformer les enseignements tirés en actions de prévention et de réduction des risques plus efficaces. Les clients peuvent apporter aux assureurs une vision plus précise de l’évolution de leurs expositions, tandis que les assureurs peuvent mobiliser leurs données, leur expérience des sinistres et leurs expertises spécialisées pour contribuer à renforcer leur résilience.
À mesure que le marché évolue, la valeur de l’assurance ne se mesurera pas uniquement à l’aune des garanties et des conditions proposées. Elle reposera aussi sur la capacité de l’ensemble de l’écosystème à conjuguer rigueur de souscription, qualité des données et collaboration étroite. Avec un objectif commun : mieux comprendre les risques, prévenir les sinistres et permettre aux entreprises d’aborder avec davantage de confiance un environnement toujours plus complexe.
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